هنري زغيب
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L’Agenda Culturel – Henri Zoghaib : les frères Rahbani ont toujours parlé d’un pays idéal ! – 12/06/15

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Le 12/06/15

Lien vers l’article sur le site de l’Agenda Culturel | Version PDF

Zoghaibhenri230_0Ecrivain, poète, conférencier, journaliste, Henri Zoghaib n’a de cesse de valoriser le patrimoine artistique libanais dans ses différentes composantes, qu’elles soient littéraires ou musicales. Son dernier ouvrage, ‘Fi Rihab al-akhaouain Rahbani‘ (éditions Dergham), retrace l’épopée de cette fratrie mythique et de leur hégérie, Feyrouz. Pour l’Agenda Culturel, Henri Zoghaib revient sur cet ouvrage et sur sa démarche générale.

Dans votre ouvrage sur les Frères Rahbani, vous racontez aussi l’histoire d’un certain Liban. Ce Liban est-il très différent de celui d’aujourd’hui ?
Dans les premières œuvres des Frères Rahbani (surtout celles présentées au Festival de Baalbeck), on trouve une trace quasi-utopique d’un Liban idéal, sublime, heureux qui couvre son peuple d’une atmosphère de joie et de bonheur, d’un souffle patriotique très haut, que ce soit dans les pièces de théâtre ou dans les paroles des chansons. Le second temps de leurs œuvres (surtout celles présentées en ville, depuis le théâtre Piccadilly), ce Liban est devenu plus réaliste, et les pointes sont devenues plus acerbes. Mais dans les deux étapes les frères Rahbani ont toujours parlé d’un pays idéal qui est celui que j’ai raconté dans mon livre, aux dires de Mansour Rahbani qui m’a tracé son périple avec son frère Assi depuis leur enfance jusqu’au départ de ce dernier. Bien sûr ce Liban s’avère être différent de celui qui, aujourd’hui, se noie dans des vagues politiques et militaires critiques et dangereuses. Et c’est ce Liban que les Rahbani (ensuite les poèmes chantés de Mansour après le départ de Assi) visaient dans les scènes théâtrales et les paroles des chansons pour le recréer à l’image initiale. Ce Liban actuel perd peu à peu ses empreintes originelles, et nous devons tous, dans nos textes et nos poèmes, lui forger un meilleur destin pour nos nouvelles générations.

Les deux frères Rahbani étaient indissociables et leur nom est automatiquement accolé à celui de Feyrouz. Quel fut selon vous l’apport de ce trio au paysage musical libanais ?
Le patrimoine des frères Rahbani a bien connu la renommée nationale et internationale, porté par la voix de Feyrouz qui a donné à leurs paroles, à leurs dialogues scéniques, ainsi qu’à leurs mélodies une dimension plus vaste qui a atteint une audience mondiale jusqu’à inspirer des poètes et des écrivains. Les auditeurs et les spectateurs ont aimé la voix de Feyrouz et, à partir d’elle, ils ont apprécié la poétique et la musique des œuvres. En fait, ce ne sont pas les deux frères Rahbani seulement qui sont indissociables, mais aussi le trio même Rahbani-Feyrouz. Et c’est cette formule différente qui a donné une identité musicale non pas uniquement au paysage culturel libanais mais plus vaste encore, au paysage musical arabe. Et l’apport de ce trio est tellement essentiel qu’il est déjà un patrimoine qui laissera longtemps ses empreintes sur le legs musical et théâtral au Liban et ailleurs.

À travers votre production littéraire et vos émissions et conférences, vous êtes un promoteur acharné du patrimoine culturel libanais. La musique joue-t-elle un rôle important dans ce patrimoine ?
La musique est une partie intégrale de notre patrimoine immatériel. Par conséquent, elle est dans mes plans et mes projets ainsi que mes écrits. Dans la série de conférences que j’organise depuis 2002 au Centre du patrimoine libanais que je dirige à la LAU (Université libano-américaine), j’ai présenté plusieurs tables rondes sur la musique au Liban et ses pionniers, entre autres sur les frères Rahbani, les frères Fleifel, Walid Gholmieh, et bien d’autres. D’autre part j’ai aussi consacré une bonne part à la musique dans la revue ‘Miroirs du patrimoine’ que je produis au Centre du patrimoine libanais, dont le premier numéro (automne 2014) porte 3 articles sur la musique. Bien que la musique ne soit pas dans mes aptitudes professionnelles, elle figure toutefois dans mes activités pour lesquelles je coopère avec des spécialistes professionnels.

Parlez-nous de vos projets. Ils sont certainement foisonnants !
Merci de qualifier mes projets de “foisonnants”. En fait tous mes projets sont et seront toujours à la recherche des sources et des vedettes de notre patrimoine libanais dans tous ses domaines matériels et immatériels. Mes 4 derniers livres, des essais biographiques sur Gibran, Saïd Akl, Elias Abou Chabaki et les frères Rahbani, sont destinés à garder une trace de l’héritage littéraire libanais que nous avons reçu et que nous devrons perpétuer. Mes projets actuels et prochains se partagent entre les conférences que j’organise au Centre du patrimoine libanais, la publication de la revue ‘Miroirs du patrimoine’, et mes publications prochaines concernant des pionniers de la littérature libanaise. Ma devise est de toujours présenter aux lecteurs et à l’audience les aspects et les pionniers de notre patrimoine libanais. Être mécène de notre culture est mon but, et au service de ce message je consacre la mission de ma plume.

Propos recueillis par Zeina Saleh Kayali